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Comme beaucoup de gens, j’ai des sujets de prédilection. Parmi eux, la genèse et l’utilisation des idées préconçues est en bonne place. Une remarque d’un chef d’entreprise qui souhaite avoir une démarche responsable (la RSE est peut être un effet de mode qui ne durera pas mais ses intentions peuvent être louables) m’a fait m’interroger sur la place des QHSE dans l’entreprise et notamment sur le fait que l’inconscient collectif fait maintenant souvent l’amalgame entre la gestion de la qualité, de la sécurité, de l’environnement (et l’hygiène, je n’en parle même pas).

Et pourtant, là deux écoles s’opposent : d’une part, les normes (l’ISO en tête) souhaitent une homogénéisation des exigences, dans la limite du raisonnable) et d’un autre côté, ceux qui gèrent l’hygiène, la sécurité, la qualité et l’environnement savent que les 4 éléments ne se gèrent pas de façon identique. Les objectifs sont différents mais surtout l’impact sur les personnes et leur conception de ces domaines ainsi que leurs attentes sont différentes. Leur volonté, leurs consentement à investir (en terme d’argent ou temps notamment) sont très différents. Tout ceci impacte la façon dont nous pouvons gérer la qualité, la sécurité, l’hygiène et l’environnement.

Revenons à ce chef d’entreprise. ​Ce matin, au détours d’une machine à café surexploitée, il me dit : « La qualité, ici, franchement, ça nous fait plutôt perdre du temps. »

 Je n’étais pas super enthousiaste à cette idée et finalement, je me suis souvenu de mes premiers pas dans la qualité et dans la sécurité industrielle. ​On m’a dit un jour : La qualité et la sécurité sont des métiers ingrats. Quand ça ne fonctionne pas on vous tombe dessus et quand ça fonctionne, on vous dit que vous ne servez à rien. J’en étais convaincu mais jusqu’à ce matin, c’était de la théorie. maintenant, c’est concret. Je ne sers à rien (en apparence, je vous rassure).

L’environnement

Je me dis qu’il y a une évolution à rechercher et surtout quelque chose à analyser. Je me suis d’abord penché sur le cas de l’environnement (le E de QHSE n’est pas là que pour la déco). Autant la qualité, la sécurité et l’hygiène sont soumis à cette règle :  inefficace = visible et négatif / Efficace = invisible et neutre, autant la gestion de conditions environnementales est plus permissive concernant les résultats attendus.

Je ne sais pas si c’est parce que l’action environnementale est basée sur les bonnes intentions sans attendre de résultat visible. Quand on travaille pour l’environnement, on travaille pour un projet plus grand que ce que notre conscience est capable de prendre en compte (et c’est probablement pour ça que beaucoup de projet échouent et qu’ils sont traités en seconde intention). On remarque donc que les attentes sont différentes quand on traite d’environnement. On entre dans le cadre d’un domaine qui fait en parti, appel à l’altruisme de chacun. La part que chacun souhaite pour soi-même concernant la gestion des problèmes environnementaux est relativement faible. On pense à ses enfants, à la planète voir aux bébés phoques, la part réservée à soi est plutôt de l’ordre esthétique. Je préfère avoir une forêt propre en face de la fenêtre de ma chambre qu’une usine polluante. Vous remarquerez que je ne traite pas de la toxicité de la pollution car elle se gérerait plutôt comme de la sécurité et non de l’environnement.

L’analyse de l’échec

L’investissement consenti est directement lié à cet aspect altruiste. C’est aussi ce qui explique le taux d’échec des démarches de gestion de l’environnement. Ce que je trouve d’autant plus magique, c’est que cette observation est valable depuis la plus insignifiante des actions jusqu’à la politique gouvernementale voir internationale.

Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, regardez comment est géré le tri des déchets !

Prenez une gare avec une poubelle “normale” et une poubelle “recyclable”. Si vous avez un tri, c’est bien. Si vous mettez la poubelle pour le recyclage 2 mètres après la poubelle “normale” observer les personnes qui accepteront de faire les 2 mètres supplémentaires !!!

Au plan national, on peut facilement comprendre qu’en cas de politique interne compliquée, la protection de l’environnement passe au second plan. Je ne parle pas de la prochaine réforme des régimes spéciaux d’une centaine de parlementaire mais plutôt d’une épidémie, une révolution sociale voir une guerre. En bref, pour traiter les problématiques environnementale, il faut prendre en compte que tout ce que vous ferez passera après l’intérêt personnel. Profitons-en et essayons de retourner la situation et faisant l’inverse (vous remarquerez rapidement que c’est l’idée de certaines politique) : puisque l’effort individuel et difficile pour un petit bénéfice commun, faisons un effort collectif pour un bénéfice individuel ! Outre les considérations politiques, nous pouvons le mettre en pratique a l’échelle d’une société (évidemment dans la mesure du raisonnable, encore et toujours). Je ne sais pas si vous avez remarqué mais il est plus facile de dépenser l’argent commun que le sien. De plus, les bénéfices sont à mettre au profit de chacun que ce soit dans la qualité de vie au travail ou en flattant l’égo de vos collaborateurs.

 

J’aime bien l’idée. La semaine prochaine, j’achète une plante à mettre au milieu du bureau (et je mets en place un recyclage des piles usagées.

 

La qualité

 

On ne peut pas traiter la qualité et la sécurité comme on traite l’environnement (du moins du point de vue de la gestion au quotidien par les acteurs eux même). Ce n’est probablement pas le bon angle d’attaque. Cette fois encore, il faut regarder où sont les intérêts et meme avec ça, je vous assure que ce n’est pas simple. Cette fois, l’intérêt, il est au niveau du groupe donc nous ne sommes plus dans le cas d’un altruisme effréné mais dans le bénéfice du groupe. À cela il faut ajouter une composante qui est très limité dans la gestion de l’environnement : la perception de sa place dans le groupe. Après quelques temps à observer les personnes qui m’entourent (et à m’observer moi même) j’en suis arrivé à la conclusion que tout le monde pense être le centre du monde et ne souhaite qu’une chose c’est que le monde s’adapte.  En prime, chacun ne percevant le monde que par sa propre perception, chacun pense que sa façon de faire est bonne ou au moins suffisante. Alors pourquoi se fatiguer ? (ha oui, une accident c’est possible ?! J’y reviendrai plus tard).

On a donc pour la gestion de la qualité un cas dans lequel il faut prendre en compte que c’est l’intérêt du groupe “entreprise” qu’il faut faire valoir et user de persuasion et de conviction pour amener la perception de l’intérêt individuel vers (voire dans) l’intérêt du groupe. Soyons pragmatique, le plus simple (pas forcément le meilleur) c’est de faire appel au leadership et à la chaîne hiérarchique d’où l’importance que l’on donne à l’implication de la direction.
Personnellement, je me suis lancé dans une croisade (même si je sais que les croisades n’ont pas vocation à finir dans la joie et la bonne humeur). Je voudrais que nous parvenions à avoir un management de la qualité participatif dans lequel le pouvoir accordé à la direction ne serait pas mis à contribution. (je m’auto souhaite bonne chance!)

 

La sécurité : jusqu’ici, tout vas bien.

La gestion de la qualité n’apparaît nécessaire que quand tout va presque mal. En effet, passer un certain stade, personne ne vient râler quand les circonstances sont catastrophiques. C’est étrange parce qu’on est quand même un peu responsables puisque la sécurité de l’organisme relève en partie de nos fonctions. La sécurité, en revanche, c’est l’inverse. Quand c’est irrécupérable, c’est de notre faute. Avant, c’est la faute à pas de chance et encore avant, c’est “t’inquiète, je gère”.
Si la qualité est un monde de perception, celui de la sécurité serait celui de la gestion de l’incertitude. À cela il faut ajouter que dans tous les cas, ce que l’on souhaite, c’est parer à l’impensable.
Pas facile de convaincre quand on demande d’investir pour que quelque chose que l’on ne souhaite pas et qui plus est délétère ne se produise. Qui ne préfère pas penser à ses prochaines vacances ?  ça, l’industrie automobile l’a bien compris. En plus, c’est bon pour eux parce qu’une voiture qui s’encastre dans un arbre, ce n’est certes pas bon pour les passagers mais ce n’est pas bon aussi pour la marque. Du coup : faisons de la “sécurité cool” ! Toute personne ayant acheter une voiture sait que les vendeurs sont intarissable sur l’intérêt de toujours rajouter les dernières options à la mode. Il y a quelques années, on vous vendait un ABS, un correcteur électronique de trajectoire (ESP) ou plus récemment un détecteur de collision (qui ne fait son boulot que si il détecte les risques de collision et non les collisions elles mêmes !). Après, on en fait des équipement de série etc… En somme, on fait de la sécurité cool et on en profite pour jouer avec le consentement à investir.

Pour faire de la sécurité, le mélange des genres à donc du bon. Cependant, je n’ai pas encore réussi à rendre la gestion des risques et la mise en oeuvre des actions de mon document unique suffisamment cool pour ne plus avoir à rappeler qu’il faut savoir se protéger et non se dire qu’on est à l’abris.

 

J’ai donc regardé ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

  • Ce qui ne fonctionne pas ou mal : la qualité pure avec un objectif plus ou moins communs et souvent indirect
  • Ce qui fonctionne : ce qui à un intérêt direct (et en aucun cas indirect) sur l’acteur (qui n’est pas content de faire une demande de congés ?)
  • Ce qui fonctionne avec certains et pas avec d’autres : Ce qui concerne uniquement l’acteur lui même (c’est paradoxal quand on sait que ce qui impacte d’autres acteurs est souvent mieux perçu).

Ma piste de travail : Peut-être faut-il fusionner des domaines différents !

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