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Quel poids devons nous donner à la nature humaine dans la gestion de crise  ?

Cette semaine un ouragan, Irma, a ravagé Saint Martin et Saint Barthélemy. 95% des îles ont été détruits et 23 personnes sont décédées.

C’est un événement dramatique et l’une de mes première réaction a été de me dire que j’étais content de ne pas être là bas. C’est cette réaction quasiment viscérale qui m’a amené à m’interroger sur la nature humaine. Je ne pouvais rien contre cette première idée et je me suis demandé comment la nature humaine pouvait impacter le traitement de la crise. J’ai donc décidé de regarder un peu les infos et de rechercher des éléments qui n’ont pas vraiment de sens et qui pourtant sont directement dictés par la situation. J’en ai trouvé beaucoup.

  • La détresse : C’est certain, ça doit être une épreuve terrible que de perdre sa maison. Je pense qu’on ne peux pas vraiment comprendre ce qu’éprouvent ces gens. Cela ne veut pas dire que je ne peux pas comprendre leur détresse. En revanche il est inutile de faire une course à l’image ou à l’interview la plus larmoyante. On dirait un concours malsain qui n’apporte rien si ce n’est abreuver ceux qui veulent être sûr de voir la personne qui souffre le plus et pouvoir dire sur facebook qu’il/elle a été témoin du pire moment de l’année. Bref, ce n’est pas plus intéressant que les gens qui ralentisse pour regarder un accident sur l’autoroute mais l’information répond aussi à la dure loi de la satisfaction client (ce n’est malheureusement pas une blague) et donc montrent ce que les spectateurs veulent voir.
  • Le pillage : Tout a été détruit. et quand on a besoin de quelque chose, que ce quelque chose est disponible et vital, il est facile de se mettre à la place de ceux qui vont aller récupérer un paquet de riz ou un pack d’eau. Difficile de les blâmer. Est-ce que c’était prévisible ? Probablement. Est-ce qu’il faut l’empêcher ? La raison et la morale disent que oui. La logique et la pratique… je ne me prononcerais pas (ce que je peux me permettre parce que je n’ai aucune échéance électorale en vue).
    • On a aussi vu : un pillage massif de télés et autres bidules qui servent à tout sauf à survivre. Quelle est le poids de la détresse dans la prise de décision qui consiste à envoyer un pavé dans une vitrine et à la finir a coup de pied  ? Est-ce qu’on est dans la nature humaine profonde. ? Est ce que c’est dû au passif de ceux qui vivent la bas et sont confrontés tous les jours à ce sentiment d’injustice supporté par les inégalités sociales ?!
    • On a pu également voir un statut “entre 2” : Un vol pour manger mais l’interview de ceux qui volent montre qu’ils considèrent cet acte comme “normal”. “C’était éventré alors je suis entrée et j’ai pris des choses, c’est normal”. Comme je l’ai déjà dit, je ne peux pas me mettre à leur place mais est-ce que leur analyse de la situation a été perturbée au point de considérer normal d’aller se servir chez les autres ? Un psychologue n’est probablement pas un luxe pour faire un plan de gestion de crise efficace.

 

J’ai ensuite trouvé encore plus d’info sur la nature humaine mais celle qui est moins viscérale et plus politique. Je pensais faire 2 articles mais quand je traite les informations, je retrouve la même sensation d’obligation “par nature”.

  • la critique de la gestion de crise
    • la récupération politique par …. beaucoup de gens
  • la présence du président de la république sur place qui n’a pas de sens et pourtant, il n’a pas le choix. Honnêtement, si vous aviez perdu votre maison, qui voudriez-vous voir, un gars qui va vous aider à reconstruire et 15 tonnes de parpaings ou un président qui va vous serrer la paluche et vous dire qu’il pense très fort à vous ?

 

Je ne veux pas faire de politique (je crois que je l’ai déjà dit), ce qui m’intéresse c’est le traitement des événements. Je dois admettre que je suis un peu déçu mais je ne sais pas ce qui me déçoit le plus.

  • ceux qui se trouve dans la boue jusqu’aux genoux et qui vont casser la maison du voisin pour récupérer la télé,
  • ceux qui récupèrent le traitement pour en faire une attaque politique,
  • ou ceux qui, en restant bien loin de tout ca, se permettent de critiquer une action dont ils ne savent presque rien.

 

Deux choses me gêne personnellement : Je n’ai que ce qu’on me retranscris pour me faire une idée (et j’ai déjà parlé des filtres et de la perception)

J’ai du mal a savoir si je fais parti d’une des catégories ci dessus. je n’espère pas. J’espère que je peux prendre le dessus sur ma nature pour ne pas en arriver là.

 

La gestion de la sécurité

Pour les courageux qui n’ont pas encore abandonné la lecture, si nous faisions, non pas une critique mais une suggestion concernant la gestion de la sécurité histoire d’imaginer qu’au lieu de tout reconstruire exactement comme c’était (que ce soit les maisons ou les procédures de gestion de la crise).

Tout est détruit, est ce qu’on reconstruit à l’identique ? Est-ce qu’on reconstruit plus solide (si oui, comment ?). On peut aussi se demander si cela a un sens de reconstruire plus solide ? La résilience peut résider dans la faculté à reconstruire. Est ce que ça ne vaut pas le coup de se dire que construire sous un certain seuil de résistance n’a pas d’intérêt ? On obtiendrait ainsi une sorte de courbe en escalier de la résistance utile en fonction de l’investissement. La résistance étant calculée en fonction de la probabilité de destruction et en fonction de la probabilité d’avènement des événements redoutés. De plus, cette courbe n’est pas statique. Les nouvelles technologies, les conditions économiques, etc.  de la construction entraînerait une modification constante de cette courbe. Il y a de quoi se poser des questions…

En plus de cette logique de construction, la gestion de la crise peut être revue. Ainsi que la communication. Plus j’écoute la radio et plus j’écoute les critiques, plus je me dis que les têtes pensantes de la gestion de crise se sont postés devant leur ordi pour attendre que la tempête passe et voir ensuite les résultats. En réalité, (malheureusement, je n’ai pas assez d’infos pour être affirmatif) je suis convaincu que le plan d’action était en place longtemps avant l’arrivée de la tempête mais d’une part, on ne peut peut pas forcer les gens à partir et d’autre part, on ne peut pas envoyer des gens en “prévention” et leur dire d’attendre le passage et risquer leur vie pour agir.
Ceci dit, ça m’énerve de voir tout le monde râler alors que quand on voit l’état des îles et le bilan en terme de vies perdu, on se dit qu’il y a quand même du bon dans l’histoire. Si on compare au tsunami en Thaïlande, on peut se faire une idée.

Enfin, la critique qui m’énerve probablement le plus c’est celle qui consiste à dire que le gouvernement n’a pas envoyé assez de force de l’ordre pour prévenir les pillages. Non de zut, si les gens étaient moins stupides, au lieux d’envoyer 500 gendarmes, on pourrait envoyer 500 reconstructeurs !

Doit-on prendre en compte la nature humaine dans ce qu’elle a de plus discutable lorsqu’on prépare un plan de gestion de crise ?

 

La communication est la clé

Et si on communiquait à propos de la gestion des risques ? Et si on mettait des mots sur la gestion des risques que chacun pratique au jour le jour ?

L’action que l’on prévoit pour gérer les risques est toujours pondérée par la probabilité de survenue, le coût des conséquences et la vraisemblance de la situation. Si ce n’était pas le cas, je me serais déjà barricadé pour me protéger d’une éruption volcanique consécutive à une météore qui aurait eu la bonne idée de s’écraser dans le jardin du voisin. Ça semble débile mais c’est exactement le calcul qui est fait par tout gestionnaire de risque. Ce n’est pas quand l’événement redouté survient qu’il faut critiquer les éléments mis en place, ce serait plutôt quand on définit les seuils de la prévention mais ça, je ne l’entends pas dans la bouche de ceux qui râlent pour passer 15 secondes à la télé…

 

J’oubliais presque qu’il faut aussi penser que quand on gère une crise, souvent, on en gère une et quand on gère des risques, on gère certes des probabilité de l’ordre de 10-3 à 10-8 mais on en gère des milliers !

 

 

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